J’ai fait cet été un séjour en Mongolie. Je suis allé rendre visite au Père Pierre Palussière que j’y avais envoyé, il y a cinq ans, comme prêtre Fidei Donum. II m’avait alors partagé l’appel qu’il ressentait à servir une Eglise qui n’en serait qu’à ses commencements. C’est bien le cas de la Mongolie qui ne comptait que 450 catholiques en 2004 et 600 aujourd’hui.
La Mongolie a été en contact avec le christianisme au cours de son histoire. On mentionne la présence à Karakorum, l’ancienne capitale de Gengis Khan, d’une église chrétienne avec un desservant. Mais tout cela a disparu avec les remous de l’histoire. La présence catholique à Oulan Bator, la capitale du pays, ne date que de 17 ans, avec la venue de 3 missionnaires de la Congrégation de Scheut. Parmi eux, le Père W. Padilla, philippin, qui est aujourd’hui le vicaire apostolique de toute la Mongolie et que j’ai eu la joie de rencontrer. Il y a aujourd’hui dans le pays 26 missionnaires, prêtres et religieuses, originaires de 22 pays différents ! Cette Eglise est donc toute jeune. Elle ne comporte encore ni prêtre ni séminariste mongols. Les communautés chrétiennes sont petites, mais vivantes et ferventes. Elles commencent à écrire leurs « Actes des Apôtres » propres. Et il est fort, spirituellement, de découvrir leur dynamisme naissant.
En effet, l’évangélisation n’en est qu’à ses débuts. Les missionnaires ont d’abord cherché à s’insérer dans la vie de ce peuple mongol. Ils en ont appris la langue, l’histoire, la culture, les coutumes... Puis, ils ont essayé de voir quels étaient les besoins, les souffrances, les attentes. Comment témoigner de l’amour dont le Père aime chacun si aucun signe d’amour concret, proche et efficace, n’est donné ? J’ai admiré l’engagement des sœurs de Mère Térésa et de religieuses d’autres congrégations dans des quartiers pauvres: accueil des enfants de la rue, de filles en danger, de vieillards rejetés par leur famille, confection de petits travaux pour des jeunes femmes, jardins d’enfant, soupe populaire le dimanche, enseignement scolaire.... Plusieurs fois, les sœurs ont changé de propositions pour s’adapter à une réalité en plein bouleversement.
Des hommes, des femmes, des enfants se sont sentis aimés. Certains ont voulu s’approcher du secret de ces religieuses ou de ces prêtres. Pourquoi, s’interrogeaient-ils, s’occupent-ils de nous gratuitement, dans le respect de notre liberté? Pourquoi cette bonté, cette patience, ces visages rayonnants? Certains ont souhaité découvrir la foi de ces témoins, prier, chanter avec eux, participer à leur célébration et c’est comme cela que des demandes de baptême ont été exprimées et des baptêmes célébrés.
On parle beaucoup de visibilité de l’Eglise aujourd’hui. Ce que m’a rappelé cette visite en Mongolie, c’est que la seule visibilité qui vaille, c’est celle de l’Evangile, c’est-à-dire celle d’un amour qui se reçoit du Père et qui ne se paie pas de mots.
+ Jean-Pierre cardinal RICARD
Editorial de Mgr. Ricard dans l'Aquitaine du début septembre