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Il était un prof

Hommage à Bernard Sagouis





C'était mon prof de français et d'art plastique au collège.
Sympathique et mystérieux, réservé, c'est lui qui a guidé mes pas de future lycéenne

une grande sensibilité, une touche d'élégance, pourrait-je dire de préciosité ou de raffinement?

Mon souvenir de ce prof talentueux est toujours intact, un teint un peu basané, barbe ou pas selon les époques, lunettes, un presque éternel imper beige, un grain de beauté sur une joue

je me souviens d'une fois lorsqu'il nous avait raconté un de ses raid à moto jusqu'à Berlin
le sentiment bizarre éprouvé dans une gare, ce qui avait donné lieu à un sujet de composition française
le voyage devait être en fait immobile,  comme si l'on demeurait indéfiniment au même endroit

avec ma mère (oui on coproduisait beaucoup), nous avions imaginé un sénario béton SF
un voyage interminable dans le transsibérien, avec des personnages typés, dans un wagon de l'époque (la grande époque du transsibérien) bien sûr un ou une belle espionne venant du froid et y retournant, une image "fixe" du futuroscope de Poitiers qui revenait en leit motiv alors que les passagers devisaient, un arrêt sur signal d'alarme lorsque le héros (moi), s'apercevait enfin que le voyage se faisait en boucle, et un final dans un lieu apocalyptique près du lac Baïkal, l'apothéose dans les glaces et le rouge de forges ou d'aciéries, la totale!

une bonne note au rendez-vous

Bernard Sagouis pensait que je ferais carrière dans la littérature et peut-être en arts plastique, j'avais même choisi cette option en cursus secondaire lycéen par la suite, et travaillé en particulier sur Mondrian
mais ce n'est pas la voie que j'ai choisi, et je ne le regrette pas, nos talents nombreux et multiformes (dans ma tribu) nous permettent de nous orienter à peu près dans toutes les voies, il y en a de plus difficiles que d'autres et je n'aime pas précisément la facilité!

je me souviens encore de ce texte toujours en coproduction avec ma mère sur ce "chère loque", le détective (Holmes) bien connu, un autre sur des vacances "organisées" à la maison comme le super pied nec plus ultra, où je vantais personnellement tous les mérites de Monségur, texte de fiction s'il en est tant Monségur n'est en rien pour moi le lieu idyllique d'exception que j'y décrivais. C'est d'ailleurs totalement subjectif, j'en ai bien conscience, en fait Monségur, d'après mes parents c'est le paradis terrestre, ne l'ébruitez pas trop! il est vrai que les "lieux de vacances" sont souvent vus comme paradisiaques, lorsqu'on y réside comme je le fis durant quelques (trop nombreuses) années, ce n'est plus le même tableau! c'est partout pareil, non?
Et ce texte de présentation d'Euskadi, spécialement la description de Biarritz, du Biarritz que j'ai connu dans les années 70-80 et du Biarritz de ma mère qui date des années 50-60 si ça ne remonte pas plus loin! et ça j'en ai entendu des histoires quand j'étais enfant, pas besoin de coproduction mère-fille pour en écrire des tonnes!
Et de ce dessin où il fallait représenter le microcosme dans lequel évoluait un personnage à taille infiniment petite, j'avais dessiné Tintin en explorateur dans le tapis brosse de l'entrée, noyé dans les fibres de coco comme dans un champ de maïs début septembre, découvrant avec terreur non feinte une gigantesque araignée velue comme celle qui peuplaient notre délicieux et authentiquement moyennageux "sweet home" de l'époque entièrement remanufacturé "hand made" (post soixante-huit-tard)!
Et ce dessin d'une ville que j'avais voulue sudiste, ma "môman" en le voyant m'avait dit sûre d'elle: "non une perspective pareille et un entassement semblable, ça n'existe pas!" j'avais recommencé en adoptant une perspective "moyenne" et ma note avait été très "moyenne"
et oh surprise, il y a deux années, la ville que j'avais imaginée, surgissant devant mes yeux ébahis au cours d'un raid en Espagne du sud, je l'ai d'ailleurs dit deux fois à ma mère (tant d'années plus tard, OUI, afin qu'elle comprenne l'erreur qu'elle avait faite en me suggérant de revoir ma "copie"! non mais alors! Oui, d'accord, c'est vrai, j'aurais dû tenir bon, m'affirmer, être moins influençable, j'avais 14-15 ans à l'époque, c'est là mon excuse et son abus de pouvoir)

D'autres souvenirs: B. Sagouis toujours en imper beige applaudissant nos exploits au cours des foulées monséguraises, B. Sagouis prétant un livre d'un auteur algérien à ma mère qu'elle a mis plusieurs années à lui rendre après l'avoir à peine feuilleté (c'était sa période blue-spleen et elle ne voulait pas s'y enfoncer davantage en se décidant à lire ce chef d'oeuvre, dommage et un jour il a bien fallu rendre le bouquin), B. Sagouis feuilletant mes albums photos et critiquant (dans le bon sens) mes photos pyrénéennes et ferroviaires, leur sujet et cadrage, B. Sagouis invité à voir chez ma mère-grand les tableaux des peintres familiaux et donnant son avis sur les artistes orientalistes, B. Sagouis participant à un stage d'art plastique avec ma mère (qui fut l'une de ses collègues pendant quelques années) et corrigeant l'une de ses copies (une leçon "modèle" sur le volume), B. Sagouis sculptant à la petite cuillère un bloc de siporex (béton cellulaire léger et friable) en collaboration avec ma môman, toujours au même stage, dans un nuage de poussière propre à donner la silicose illico. Enfin, que du bonheur!

Avait-il un fils qui aurait à présent dans les 26 ans peut-être? il nous en a parlé une fois, mais une fois seulement et c'était une personne en effet assez secrête.

j'ai perdu (je n'ai pas encore retrouvé), dans mes déménagements successifs, tous les docs de cette époque et les photos comme les textes et les dessins,  mais c'est le souvenir qui compte, le souvenir d'un homme, un prof, et ça c'est indélébile. Il nous a vraiment tous (et bien) marqués.

Je n'ai pu me rendre à se sépulture en novembre 08 au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux, mes parents non plus, c'est sur facebook que j'ai appris la nouvelle, et les évènements étaient déjà passés.

Mes meilleures pensées, comme celle de ma famille à sa parenté et à ses amis.


Une collégienne d'Eléonor de Provence souhaitant rester anonyme






Hommage à Bernard Sagouis (l'homme jeune) - KM




NDLR: L'auteur des deux illustrations après avoir lu cet article, a écrit à Monsegur33 pour les envoyer afin que nous les publiions ici pour compléter cette note et rendre le souvenir de Bernard Sagouis encore plus présent.
Merci.

Ces deux portraits montrent bien, en effet, l'homme que nous avons connu il y a une vingtaine d'années, puissent-ils "passer le temps"

Zachée, le 23 juin 09

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K
<br /> une photo de groupe où il se trouve comme prof<br /> <br /> http://copainsdavant.linternaute.com/photo_groupe/1595931/11691/_college-eleonore-de-provence/<br /> <br /> <br />
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K
<br /> je veux signaler un lien avec un article rendant également hommage à Bernard Sagouis:<br /> <br /> http://college.monsegur.free.fr/spip.php?article304<br /> <br /> et puis un site dont il était partie prenante:<br /> <br /> http://www.balise.net/bastoche/forum/lect_msg.php?rootid=1450&stat=ok<br /> <br /> une photo de classe lorsqu'il était en classe de 3 ème à La Bastide:<br /> <br /> http://www.balise.net/bastoche/photos/disp_img.php?id_img=101<br /> <br /> <br />
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