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Monseigneur Marius Maziers, Archevêque émérite du diocèse de Bordeaux, est décédé ce jeudi 14 Août à la maison religieuse du Cantal où il s'était retiré pour sa retraite. Il avait 93 ans et allait fêter ses 70 ans de Sacerdoce.

Coadjuteur du cardinal Richaud, Monseigneur Marius Maziers devient Archevêque de Bordeaux (1968- 1989). Précédé d'une réputation "ouvriériste" , il poursuit la transformation du diocèse : les zones pastorales sont réduites à 4 et les doyennés à 26 . Il développe le rôle de l'ACI . Son action s'inscrit dans la suite du Concile, dont il fut un des Pères Conciliaires, et il publie les orientations pour le diocèse. " Sous le souffle de l'Esprit" .
Il est une des têtes de l'Episcopat français .
Les Obsèques de Monseigneur Marius Maziers, présidées par le Cardinal Jean-Pierre Ricard, ont eu lieu le mardi 19 Août 2008, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.
Monseigneur Marius Maziers a été provisoirement inhumé dans le tombeau dit "des Archevêques" de Bordeaux, avant d'être enterré dans la chapelle Notre-Dame du Mont Carmel (en cours de restauration) aux côtés du Cardinal Richaud dont il a été eté coadjuteur pendant deux années.
Biographie
Né le 1 mars 1915
à Siran, dans le Canton de Laroquebrou
Tonsuré, le 29 juin 1932
Minoré, le 29 juin 1933 et 29 juin 1934
Sous-Diacre, le 16 avril 1938 à Rome
Diacre, le 11 juin 1938 à Rome
Prêtre, le 9 octobre 1938
Licencié en théologie de l’Université grégorienne de Rome
Chanoine honoraire le 2 septembre 1945
Évêque puis Archevêque 1959-1966...
20 juillet 1939 : Vicaire à Notre Dame aux Neiges
24 juillet 1941 : Directeur au Grand Séminaire
5 octobre 1944 : Directuer des Oeuvres Diocésaines
24 novembre 1955 : Vicaire Général, Chargé de la coordination de la Pastorale Diocésaine
14 décembre 1959 : Élu Évêque titulaire d’Augustopolis de Phrygie et auxiliare de Lyon avec résidence à Saint-Étienne
25 février 1960 : Sacré à la Cathédrale de Saint-Flour, par Mgr Marty
7 mars 1966 : Archevêque coadjuteur de Bordeaux
5 février 1968 : Archevêque de Bordeaux
Juin 1989 : Archevêque Émérite de Bordeaux, en retraite à Mauriac, à la Communauté des Soeurs "Les Vaysses"
Mgr Ricard introduit la messe des funérailles de Mgr MAZIERS
"Que jusqu’à mon dernier souffle il me soit donné de faire joyeusement mémoire du Christ"
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Nous sommes rassemblés dans cette cathédrale ce matin pour célébrer l’eucharistie et dire un dernier adieu à Mgr Marius MAZIERS, notre ancien archevêque. Combien de fois, dans ce même lieu, n’a-t-il pas rassemblé son peuple au nom du Seigneur, lui partageant le pain de la Parole et de l’Eucharistie, l’envoyant témoigner de l’amour inouï de Dieu pour tous les hommes !
Aujourd’hui, nous l’entourons de notre prière. Nous prions le Seigneur d’accueillir à la table de son Royaume ce bon et fidèle serviteur. Nous évoquons également son souvenir et nous rendons grâce à Dieu pour tout ce que nous avons reçu de lui. Je présente à sa famille et aux religieuses qui l’ont entouré ces dernières années mes sincères et fraternelles condoléances.
Je salue respectueusement les autorités civiles, judiciaires et militaires, et les remercie de leur présence. Je remercie également pour leur participation à cette célébration : le cardinal Jean-Louis Tauran, les évêques et vicaires généraux présents, tous les prêtres, diacres, religieuses et vous tous qui avez voulu manifester votre reconnaissance envers celui qui s’en est allé vers la maison du Père. Beaucoup n’ont pas pu venir. Mais j’ai reçu de leur part de nombreux messages d’amitié et de condoléances.
Nous avons reçu tout particulièrement ce message chaleureux du Saint Père :
« Apprenant avec tristesse le rappel à Dieu de Monseigneur Marius Maziers, archevêque émérite de Bordeaux, le Saint-Père tient à vous exprimer sa profonde sympathie, ainsi qu’aux proches du défunt et à la communauté diocésaine. Avec ferveur, il demande à Dieu d’accueillir dans sa paix et sa lumière ce pasteur qui, aussi bien dans son diocèse d’origine et en particulier dans l’accompagnement des mouvements apostoliques spécialisés que, plus tard, dans la charge épiscopale au service des archidiocèses de Lyon et de Bordeaux, a toujours eu le désir d’appeler à la foi et le souci d’être le serviteur de tous. Le Pape prie le Seigneur de lui donner la récompense promise aux intendants fidèles de ses mystères. En gage de réconfort, Sa Sainteté vous envoie de grand cœur, ainsi qu’à la famille du défunt, aux personnes qui participent à la liturgie des obsèques en la cathédrale de Bordeaux et à l’ensemble des fidèles de votre diocèse, la Bénédiction apostolique. »
Cardinal Tarcisio Bertone
Secrétaire d’État de Sa Sainteté
Trois diocèses ont bénéficié de son ministère pastoral, de ses qualités d’homme de foi et de cœur. Le diocèse de Saint-Flour, où il est né le 1° mars 1915 à Siran. C’est là qu’il avait ses racines familiales, humaines et apostoliques. C’est là qu’il a été ordonné prêtre le 9 octobre 1938 et nous devions fêter cette année son 70° anniversaire d’ordination. Pendant plus de 20 ans il y a exercé son ministère presbytéral et c’était là qu’il a décidé en 1989 de vivre sa retraite. Je salue fraternellement Mgr Bruno Grua, évêque de Saint-Flour, venu accompagné d’une délégation de son diocèse.
La présence parmi nous de Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Etienne nous rappelle qu’en décembre 1959, Mgr Maziers était nommé évêque auxiliaire de Lyon, résidant à Saint-Etienne. Il devait préparer pendant près de six ans la naissance du nouveau diocèse de Saint-Etienne qui fut érigé en 1970, 4 ans après son départ pour Bordeaux. C’est pendant son séjour à Saint-Etienne qu’il devait faire l’expérience qui l’aura marqué toute sa vie : la participation au Concile Vatican II. Nommé archevêque coadjuteur du cardinal Richaud, le 24 février 1966, il lui succède deux ans après. Beaucoup sont mieux placés que moi pour parler de son épiscopat de plus de 20 ans à Bordeaux. Tout à l’heure, Mgr Claude Dagens évoquera sa personnalité spirituelle, pastorale et apostolique. Je le remercie, lui qui a été ordonné prêtre et évêque par Mgr Maziers, d’avoir accepté de prononcer l’homélie.
Qu’il me soit permis d’évoquer brièvement les rencontres que j’ai pu avoir, à Mauriac, avec le Père Maziers. J’y ai vécu une expérience inédite et très forte d’une paternité spirituelle partagée. Bien sûr, nos statuts étaient différents : lui était « émérite » et moi en responsabilité. Mais ce qui nous unissait c’était spirituellement et sacramentellement la même paternité vis-à-vis de ce diocèse de Bordeaux. Je découvrais dans ces rencontres et ces lettres qu’il m’envoyait toujours à toutes les grandes fêtes de l’année liturgique, un homme passionnément attaché au Christ, à sa personne, à sa Parole, à la communication de son salut. Il pouvait dire comme saint Paul : « Pour moi vivre, c’est le Christ ! ». Il restait aussi un pasteur attentif à chacun. Il suivait de près l’actualité de la vie du diocèse. Il restait attentif aux personnes, à leur devenir. Il leur écrivait pour une fête, un anniversaire, un moment joyeux ou douloureux de leur vie. Il restait un pasteur simple, attaché profondément au Christ, établi dans la confiance, passionné par l’annonce de l’Évangile. Je me suis senti toujours soutenu par lui et porté par sa prière.
En mai dernier, il répondait, par une lettre manuscrite de six pages, à des séminaristes qui, pour leur devoir d’histoire de la mission et sur les indications du P. Bernard Fixes, professeur au Séminaire, avaient désiré l’interviewer sur sa participation au Concile Vatican II et ses suites dans le diocèse de Bordeaux. Il terminait ainsi sa lettre :
« Je ne peux terminer cette lettre sans vous dire ma joie de savoir votre disponibilité pour le ministère sacerdotal comme prêtres diocésains dans la province de Bordeaux. ; Il y aura, le 1er octobre 2008, 70 ans que j’ai moi-même été ordonné prêtre dans le diocèse de Saint-Flour et je n’ai cessé tout au long de cette vie, à travers joies et fragilités humaines, de découvrir la beauté d’une vie qui au quotidien n’a d’autre finalité que de manifester l’Amour de Jésus-Christ pour les hommes de ce temps. Chaque jour l’Eucharistie est un moment source et sommet où se manifeste la Présence du Christ Ressuscité qui oriente nos routes et leur donne un véritable avenir. Tous les jours je prie pour que des jeunes et des adultes découvrent l’enjeu d’une vie toute entière donnée à Jésus-Christ pour témoigner de Sa présence libératrice. Vous êtes de ceux-là et j’en ai beaucoup de joie. »
Mgr Maziers n’aurait pas aimé qu’on fasse son panégyrique. Il voulait conduire au Christ et cela lui suffisait. Dans son Testament, il écrit : « Ma joie est grande d’avoir été choisi par lui (Dieu) pour porter de plus en plus loin dans l’histoire le nom béni de Jésus. Qu’il soit remercié d’avoir fait de moi le ministre de sa présence au milieu des siens. Être un chemin, qui conduit vers lui et qu’on oublie, ma vie n’a pas d’autre sens. Que jusqu’à mon dernier souffle il me soit donné de faire joyeusement mémoire du Christ » (Testament : codicille du 23 octobre 1994).
C’est dans cette joyeuse mémoire du Christ que nous célèbrerons ce matin pour notre frère cette Eucharistie.
+ Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Évêque de Bazas
source du document
Témoignages de ses collègues en episcopat et sacerdoce, de ses proches:
Ses frères dans l’Episcopat
Témoignage de Monseigneur Bruno GRUA
Je ne suis pas le mieux place, loin s’en faut, pour parler de Monseigneur Maziers, moi qui ne le connaissais que depuis deux ans, alors que, depuis longtemps déjà, il avait quitte les hautes responsabilités qui longtemps ont été les siennes. Si je me risque à ce modeste témoignage, c’est comme en hommage a ce grand aîné dans le ministère épiscopal dont les quelques rencontres ont été pour moi « édifiantes » au sens fort de ce mot. J’avais bien sur entendu parler de Mgr Maziers, avant même mon arrivée a Saint-Flour. Ses choix pastoraux alimentaient parfois les conversations, jusqu’a la caricature. Aussi, lorsque quelques jours avant l’ordination épiscopale, je suis allé lui rendre visite aux Vaysses, je croyais le connaitre un peu déjà ! Je me trompais !
J’ai rencontre, c’est le premier trait qui m’a frappé, un homme serein, paisible, pacifié. II m’a accueilli, écouté. II n’avait pas de combat à mener, d’idéologie a défendre, d’ennemis a pourfendre. La clarté et la fermeté des convictions ne l’empêchaient pas d’écouter, d’accueillir, de chercher a comprendre et a communier. Pas un mot de critique, de jugement, d’amertume qui trahissent souvent la fragilité intérieure de celui qui s’y laisse aller. Au contraire, une retenue, une maitrise, une finesse dans l’analyse, un a priori de bienveillance vis-à-vis des personnes, qui laissaient deviner la paix intérieure. Je sais que beaucoup sont venus la chercher auprès de lui.
Cette paix, on en découvrait vite la source. Son regard, sa flamme, la nature de ses préoccupations, de ses lectures, la modestie de son attitude, tout en lui conduisait à la Source, témoignait de Celui qui l’établissait dans la paix. Le Père Maziers était d’abord un spirituel. II donnait le sentiment de trouver dans la rencontre personnelle du Christ, une source inépuisable de joie, de confiance, de paix. Lorsqu’il pointait, avec une grande lucidité pastorale, les difficultés du moment, ce n’était pas sur le mode d’une inquiétude crispée mais comme un appel à s’abandonner dans la confiance et la prière. Dieu saura bien nous indiquer et nous ouvrir des chemins nouveaux !
Troisième trait de cette belle personnalité de pasteur que je souhaiterais souligner, parce qu’il m’a frappe chez un homme de son âge : le vif intérêt qu’il portait à la vie des hommes, aux questions de la société d’aujourd’hui, aux évolutions qui marquent la vie de l’Eglise. On devine dans cette vivacité du vieillard ce que devait être la pénétration du regard et de la réflexion du grand pasteur qu’il a été. Curiosité intellectuelle et réflexion pastorale toujours portées par la passion de l’homme, image de Dieu. Je ne l’ai jamais rencontre sans qu’il me pose mille questions sur l’Eglise de France, sur la vie du diocèse. Il réagissait souvent par une longue lettre, avec beaucoup d’amitié et de délicatesse, pour soutenir mes premiers pas d’évêque lorsqu’une initiative lui semblait être a encourager. II m’avait dit sa joie de voir notre diocèse entrer en Synode. II me faisait part de ses réflexions avant que je ne parte pour l’Assemblée plénière ou me partageait sa joie spirituelle pour les grandes fêtes liturgiques.
D’autres ajouteront pour dire tout ce qu’a apporté Mgr Maziers au diocèse de Saint-Flour, au Centre de pastorale, auprès de Mgr Marty, pour la création du Secours Catholique ou des mouvements de pastorale rurale, par exemple. J’ai simplement voulu dire, pour ma part, comment cette belle personnalité spirituelle et pastorale, éclaire et construit mon entrée dans le ministère épiscopal. Je rends grâce pour l’avoir croisé sur mon chemin.
Mgr. Bruno GRUA
évêque de Saint Flour
Il fut pour moi un ami très cher, porteur de l’Espérance d’un monde ensemencé pour la Pâques du Seigneur. Espérance qu’il nous est donné de vivre et qui met le monde à [l’envers]. Ce faisant elle met le monde debout avec le Christ.
En sa personne qui vient de nous quitter, nous perdons un grand témoin du Concile Vatican II. En clair, ce Concile posa la question de la sacramentalité de l’Eglise. Evêque de Saint Etienne, puis Archevêque de Bordeaux, Président de la Commission du monde ouvrier, il fut le Pasteur passionné de Jésus-Christ et de l’humanité, ne cessant de travailler à la naissance et à la croissance d’une Eglise servante et pauvre, perçue comme lieu privilégié de la rencontre de Dieu et des hommes.
Mgr Guy Herbulot
Evêque émérite d’Evry
J’ai beaucoup admiré Mgr. Maziers, qui fut, pour nous les plus anciens, un guide sûr dans l’exercice de la conduite d’un diocèse avec toute la tendresse de Dieu pour son peuple. Cela le portait à être dans une attention et une recherche incessante. Nous en avons tous bénéficié en son temps.
Mgr. Hubert Barbier
Archevêque émérite de Bourges
Les Girondins
J’ai eu la chance de bien connaître Mgr. Maziers qui entretenait avec mes parents des relations de profonde amitié. J’ose dire qu’il a été pour moi un exemple par sa simplicité. Son attachement à sa terre auvergnate et bien sûr son engagement pastoral. Il a su montrer aux Bordelais qu’un archevêque était beaucoup plus qu’un notable… et ce n’était pas tout à fait aisé.
Je sais que vous êtes dans cette [ ] et je me permets de vous adresser toutes ma [pensée].
Michèle Delaunay,
Ses proches
Mgr Maziers fut pour nous, étudiants bordelais des années soixante, engagés à l’ACE (l’ex-mission étudiante), ce jeune évêque (il avait 51 ans en 1966) qui marchait avec nous sur les « routes pascales » de Bazas - le pélé étudiant -, et qui nous parlait, qui dialoguait, selon la forme des « catéchèses » d’aujourd’hui. C’était vraiment très nouveau alors qu’un évêque soit ainsi participant et participatif ! Ô, il n’était pas un « communicateur moussant », tant sa voix sourde et d’un même ton lui donnait une présence sobre ; mais n’ayant pas à voir des gestes trop vifs ni trop expansifs, il fallait écouter les paroles… !
Son tempérament n’était pas de prime abord « bordelais » ; il était rude, peut-être un peu rugueux comme le granit de son pays natal. Mais nous l’avons souvent entendu parler fort, s’enflammer, voire crier, pour dire ses convictions fortes : toujours celles d’un Dieu Incarné et de l’Eglise… (je me rappelle d’une homélie pour la réouverture de l’église de Bayon/Gironde).
Lors de notre dernière entrevue, Mgr Maziers se disait être étonné lui-même de se voir, 18 ans après son départ de
Bordeaux et sa longue vie d’évêque, avec de nouvelles missions de retraité « et peut-être aussi utiles… ? ». Ainsi sillonna-t-il longtemps le pays pour prêcher des retraites (il allait en autobus de Mauriac à Clermont pour ensuite prendre le train !...) ; et il avait encore deux groupes bibliques et des accompagnements personnels. Simplicité de l’homme, sainteté du serviteur…
Jean-Louis Loirat
[ ] Nous avions projeté avec mon épouse, de lui rendre visite en septembre. Nous gardons un bon souvenir de nos rencontres aux Vaysses, à Mauriac dans son bureau ; nos échanges étaient enrichissants. Lorsque nous logions au camping de Mauriac, nous avions un petit chalet, il venait déjeuner avec nous en apportant sa bouteille de Bordeaux.
Sa dernière lettre date du 31 mai 2008, [ ], une lettre pleine d’affection comme chacune de ses lettres, il nous disait « pour moi, la route continue vers son terme à petits pas car la fatigue de mes jambes s’accentue et je dois veiller à ne pas perdre mon équilibre ; mais si mon corps se fatigue et me le fait sentir, la mémoire, le cœur et l’esprit me semblent pas être atteints par le vieillissement » ; et il ajoutait « je continue de marcher avec tous ceux et celles que j’ai rencontrées, c’est une belle procession ».
Roger Bourrat
La Mort de Mgr. Maziers nous touche. Il était pour nous un ami de très longue date. Il avait noué une amitié personnelle avec frère Roger déjà avant le Concile. Tout jeune évêque, il était venu à Taizé pour la première fois en 1960 participer à une rencontre d’évêques et de pasteurs. Après les dialogues officiels, il avait tenu, avec sa manière simple et directe, à retrouver le soir les frères de la communauté dans notre cuisine pour un échange si fraternel que frère Roger lui avait dit : « nous vivons ensemble une nuit de Noël ». Cette image était resté attachée à lui et il y eu avec lui bien d’autres de ces « nuits de Noël » à Taizé au long des années.
Depuis longtemps il ne pouvait plus venir mais il continuait à nous écrire fidèlement et j’ai reçu son dernier message à la fin de l’année passée, justement pour Noël, où il parle du « lumineux souvenir de frère Roger, si présent sur ma route ».
Frère Alois
prieur de Taizé
Dans son homélie prononcée le 9 octobre 2007 pour le 69ème anniversaire de son ordination sacerdotale il disait : " s’il est une grâce propre au temps de la vieillesse, c’est celle de l’effacement qui est inhérente à la mission du prêtre. La parole de
Jean-Baptiste "Il faut qu’il grandisse et que je diminue" est une orientation fondamentale. Dans le silence, l’inaction, la prière, les infirmités de l’âge, l’écoute, laisser davantage Jésus-Christ aimer, offrir, sauver, rendre grâces à travers nous. Telle est bien notre feuille de route jusqu’au bout du chemin."
Les sœurs de Mauriac
Mgr Maziers m’a donné le goût de servir l’Eglise
Les obsèques de Mgr Maziers, archevêque de Bordeaux de 1968 à 1989, ont été célébrées dans la cathédrale Saint André le 19 août dernier.
Ma première rencontre avec lui date de mars 1977. Cette rencontre fut un tournant dans ma vie. J’avais 34 ans. Alors que je préparais, avec les catéchistes et des collègues enseignants, la confirmation de 100 jeunes du collège Sainte Marie, cours de la Somme à Bordeaux, le Père Maziers m’a interpellé au service de l’Eglise au titre de diacre.
Ma première réponse à cette demande inattendue fut ma perplexité : je ne savais pas ce qu’était un diacre (le diaconat permanent rétabli par le Concile Vatican II sera restauré dans le diocèse cinq ans plus tard). De plus je me trouvais suffisamment occupé avec les activités familiales, professionnelles et de catéchiste. Il aura fallu huit années de questions, de réflexions, de prière, d’échanges pour répondre à l’appel de l’Esprit-Saint pour servir le Christ et son Eglise au titre de diacre permanent.
J’ai été ordonné dans l’église Sainte Geneviève le 28 avril 1985. A l’occasion de mes 20 ans de diaconat Mgr Maziers m’écrivait : « je me revoie encore au milieu de cette assemblée joyeuse et fraternelle qui remplissait l’église. Cela évoque pour moi cette période si dynamique de la restauration du diaconat dans le diocèse selon les orientations du Concile Vatican II »
Devenu Evêque émérite en 1989 il resta très proche des activités du diocèse, non seulement en restant informé de ce qui se passait mais, il vivait en communion avec la vie du diocèse : « je continue de travailler avec vous au service de la Mission de l’Eglise » écrivait-il en conclusion de la dernière lettre reçue de lui.
Dans l’homélie pour mon ordination il rappelait cette prière du Père Albert Peyriguère, disciple du Bienheureux Charles de Foucauld : « qu’à travers mes pauvres pensées et mes mots maladroits, le Christ parle lui-même, qu’il parle seul ». Je trouve dans cette parole ce qui animait en profondeur le Père Maziers ; sa foi solide et ancrée sur le service du Christ, sa simplicité, son humilité, son écoute, sa patience, son attention à chacun en particulier les faibles et ceux qui souffrent m’ont profondément marqué.
C’est un père dans la Foi qui est parti ; mais je sais que dans l’Espérance il continue « de rendre grâce à Dieu à cause de vous tous en faisant mention de vous dans nos prières. » (1Th1, 2.). Il repose désormais dans sa cathédrale, notre cathédrale,
intercédant auprès de Dieu pour le peuple que le Seigneur lui a confié afin que « sans cesse votre foi soit active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tienne bon » (1 Th 1, 3)
Jean Claude Dupart
Diacre permanent
source de ces témoignages
« C'était un pasteur évangélique, attentif à ceux qui étaient en difficulté. » Mgr Jean-Pierre Ricard, cardinal-archevêque de Bordeaux, rendait hier soir un premier hommage à l'un de ses prédécesseurs à la tête du diocèse. Mgr Marius Maziers s'est en effet éteint le 14 août, à 93 ans, dans la maison de retraite de Mauriac (Cantal) où il s'était retiré depuis 1989.
Ordonné prêtre en 1938, il devient évêque auxiliaire de Saint-Etienne en 1960. Et arrive à Bordeaux en 1966 en tant qu'évêque co-adjuteur de Mgr Richaud. Il sera nommé archevêque le 5 février 1968.
Le père Jean Rouet, vicaire général du diocèse de Bordeaux qu'il a ordonné en 1972 se souvient d'un « homme très silencieux, très attentif aux personnes, un homme de mission. » Il reconnaît aussi que ses prises de position durant le conflit chez Dassault en 1967, où il a appelé au dialogue, se rapprochant du monde ouvrier, lui ont forgé « une réputation d'évêque rouge ». Réputation qui lui aura sans doute valu de ne jamais revêtir la pourpre.
« Il aura marqué le diocèse ». Marc Agostino professeur d'Histoire à Bordeaux 3 constatait (« Sud Ouest » du 23 février 2006) que pour obtenir le chapeau de cardinal, « Mgr Maziers qui était pourtant un évêque très social et très pastoral a été desservi par une période confuse et difficile ».
Jean Rouet le reconnaît : « Il a dû affronter, après mai 68, les nombreux départs des prêtres, ce qui l'a beaucoup affecté. » Mais le natif d'un petit village du diocèse de Saint Flour n'était pas un homme dévoré d'ambition. « Il ramenait toujours tout à l'essentiel et à la passion de l'Évangile », note Mgr Ricard qui l'avait visité plusieurs fois dans sa retraite des petites Sœurs des malades.
Son lointain successeur souligne d'ailleurs la force du lien que Marius Maziers « avait gardé jusqu'au bout avec le diocèse de Bordeaux. Il conservait des liens avec les prêtres, il m'écrivait régulièrement. C'est un homme qui a marqué le diocèse. »
Lors du décès de Mgr Eyt en juin 2006, Mgr Maziers disait à « Sud Ouest » « son respect et son admiration pour son successeur ». Contrairement à lui, Mgr Maziers sera inhumé mardi 19 août dans la cathédrale Saint-André, après la célébration des obsèques présidée par Jean-Pierre Ricard à 10 heures.
Hélène Rouquette-Valeins – Sud-Ouest 16 août 2008