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Souvenir d'école: Adieux de Jeanne à la Meuse

Quand nous étions petits, et allions à l'école du village, nous avions appris ce beau poème de Charles Peguy, on disait "récitation" à l'époque (1962) longue et difficile à retenir, mais que nous savions bien entendu par coeur!(sinon gare!)

J'ai été invitée à retrouver ce texte
(source) et l'illustrer dans l'esprit de ce que nous faisions à l'époque.


Adieux de Jeanne à la Meuse


Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.
Meuse, adieu: j'ai déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux où tu ne coules pas.
Voici que je m'en vais en des pays nouveaux:
Je ferai la bataille et passerai les fleuves;
Je m'en vais m'essayer à de nouveaux travaux,
Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves.

Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce,
Tu couleras toujours, passante accoutumée,
Dans la vallée heureuse où l'herbe vive pousse,

Ô Meuse inépuisable et que j'avais aimée.

Tu couleras toujours dans l'heureuse vallée;
Où tu coulais hier, tu couleras demain.
Tu ne sauras jamais la bergère en allée,
Qui s'amusait, enfant, à creuser de sa main
Des canaux dans la terre, à jamais écroulés.

La bergère s'en va, délaissant les moutons,
Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.
Voici que je m'en vais loin de tes bonnes eaux,
Voici que je m'en vais bien loin de nos maisons.

Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,
Ô Meuse inaltérable et douce à toute enfance,
Ô toi qui ne sais pas l'émoi de la partance,
Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais,
Ô toi qui ne sais rien de nos mensonges faux,

Ô Meuse inaltérable, ô Meuse que j'aimais,

Quand reviendrai-je ici filer encor la laine?
Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous?
Quand nous reverrons-nous? Et nous reverrons-nous?

Meuse que j'aime encore, ô ma Meuse que j'aime...

Charles Peguy
Extrait du Mystère de Jeanne d'Arc





)))O(((


(cette petite image de Jeanne filant sa quenouille dans les prés est un montage multiretraitements de deux thumbnails,
aller voir les deux liens ci-dessous pour admirer le travail des auteurs originaux et le site vallonné de la Meuse
fileuse
Meuse)

)))O(((

Compléments d'informations contextuelles (extraits de deux sites):

Au pied des coteaux qui bordent la Meuse, quelques chaumières se groupent autour d'une modeste église ; en aval, en amont, s'étendent de vertes prairies qu'arrose la petite rivière aux eaux limpides. Sur les pentes se succèdent des cultures et des vignes jusqu'à la forêt profonde, qui se dresse comme une muraille au front des collines, forêt pleine de murmures mystérieux et de chants d'oiseaux, d'où surgissent parfois, à l'improviste, les loups, terreur des troupeaux, ou les hommes de guerre, pillards et dévastateurs, plus dangereux que des fauves. (.../...)

Aux premières lueurs d'un jour d'hiver, Jeanne s'est levée ; elle a préparé son léger bagage, un petit paquet, son bâton de voyage ; puis, elle va s'agenouiller au pied du lit où reposent encore son père et sa mère, et, silencieuse, elle murmure un adieu en pleurant.(.../...)
A dix-sept ans, elle partit seule, sous le ciel immense, sur une route semée de dangers. Et Domremy ne la revit jamais.

source

La vallée de la Meuse s’ouvre, champêtre et ensoleillée, la rivière miroite, le village a reconstitué une rue médiévale pour la fête qui se prépare, la petite église sous ses grands arbres veille toujours sur la maison de notre héroïne. Malgré les changements — l’intérieur de l’église a été inversé, l’entrée de la maison modifiée, Domrémy s’est banalisé au long de la route nationale, la basilique de Bois-Chenu impose son architecture XIXe au loin — le texte de Péguy Les adieux de Jeanne à son village, lu par notre vice-présidente devant les paysages meusiens, fait passer un grand moment d’émotion en nous reportant quelques siècles en arrière
.

source
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